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Quels leviers pour la rénovation bas carbone ?

Retours de l’atelier du 12 février 2021

Dans le cadre du projet NZC Rénovation, qui vise à identifier les leviers pertinents et spécifiques à la rénovation des bâtiments pour réduire les émissions de carbone, un atelier de réflexion avec les experts de la rénovation bas carbone a eu lieu le vendredi 12 Février 2021. 

Introduction de l’ANRU 

Jean-Benoît CARIOU, chargé de mission Innovation et Transition Ecologique à l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU), a introduit la matinée en expliquant les différentes démarches que l’ANRU accompagne. Il a accentué ses propos sur la nécessité de massifier la rénovation pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 en faisant des rénovations bas carbone tout en garantissant un niveau de confort supérieur pour l’usager. Il a également indiqué que le plan de relance va aider à atteindre ces objectifs grâce aux 500 M€ supplémentaires pour la rénovation du parc locatif social. Il a également relevé une phrase dans ce plan très intéressante : « les travaux doivent entre autre respecter une exigence de non-dégradation des émissions de gaz à effet de serre ».  

« Essayons d’avancer collectivement sur les sujets de bas carbone en rénovation pour que cela devienne la norme. » 

Présentation du projet NZC Renovation 

Nadège OURY chargée de mission à l’Alliance HQE-GBC ainsi que Simon DAVIES directeur AIA Environnement ont ensuite présenté le projet NZC Renovation dans sa globalité et les premières observations. Ce projet est financé par la fondation Redevco et mené par l’Alliance HQE-GBC, AIA Environnement et le WorldGBC. 

Nadège OURY a rappelé le contexte de ce projet : l’accord de Paris avec la neutralité carbone, en France la RE2020 avec l’ACV pour tous bâtiments neuf, les travaux de l’Alliance HQE-GBC sur l’ACV en rénovation engagés depuis quelques années. Elle a ensuite rappelé les objectifs du projet « NZC Renovation » : 

  • Continuer les travaux sur l’ACV en rénovation en partant de cas concrets représentatifs du marché de la rénovation en France pour en tirer des enseignements opérationnels 
  • Faire connaitre nos travaux à l’international 

Elle a ensuite expliqué son déroulement à travers ses différentes étapes : 

  • Consolider la méthodologie actuelle 
  • Analyser des cas d’étude représentatifs 
  • Identifier des dispositions pertinentes pour aller vers la neutralité carbone 
  • Consulter différentes parties prenantes et communiquer sur ce projet pour partager les expériences 

Simon DAVIES a poursuivi la présentation en définissant les 7 familles de rénovation qui ont été sélectionnées pour ce projet avec un cas d’étude pour chacun : 

  1. Logements individuels en tissu pavillonnaire – 4 maisons individuelles à Chateaugiron (35) 
  2. Logements collectifs en périphérie urbaine – Résidence la Gavotte, 14 bâtiments à Septème les Vallons (13) 
  3. Patrimoine ancien diffus du centre-ville à vocation d’hébergement – Un bâtiment de 9 logements collectifs à Rodez (12) 
  4. Grande pièce urbaine patrimoniale à restructurer en cœur de métropole – Bâtiment tertiaire Jean Goujon à Paris (75) 
  5. Patrimoine industriel enfriché dans un quartier en renouvellement – H7 de la French Tech à Lyon (69) 
  6. Immobilier d’entreprise récent à rénover lourdement – IBOX à Paris (75) 
  7. Rez-de-chaussée urbain en activation – bureau WIGWAM à Nantes (44) 

Les premiers enseignements de la réalisation de ces ACV en rénovation ont ainsi pu être détaillés : 

  • CARBODIVERSITÉ // La hiérarchisation des émissions varie fortement d’un cas générique à l’autre : à chaque cas sa stratégie ! 
  • 100% CARBONE 2 // Un bâtiment rénové est souvent un projet Carbone 2 à un prix travaux défiant toute concurrence 
  • PART DES COMPOSANTS ET EQUIPEMENTS // Le poids carbone des composants et équipements est compris en 40 et 70% du bilan global 
  • DE NOUVELLES PRIORITÉS // Les lots fluides (CVC, Elec, Plomberie), finitions et cloisonnement ont un poids notable en rénovation. 
  • ACV LIMITÉE// Difficultés liées à l’accès à la donnée historique et patrimoniale : vers un diagnostic approfondi ou une consolidation des données par défaut ? 
  • TEMPORALITÉ CARBONE // Un équilibre à surveiller entre l’impact des matériaux de rénovation et les économies carbone générées. 

Retour d’expériences de projet en rénovation bas carbone

Une rénovation frugale avec une externalité – Retour d’expériences Pierre Verte – Siège ADDENDA à Auch (32)  

Alain CASTELLS, gérant du bureau d’étude ADDENDA a présenté le projet de rénovation de leur nouveau siège dans un ancien hôtel particulier construit en 1760, successivement réaffecté en école puis en gendarmerie. L’objectif est d’avoir un bâtiment patrimonial, à énergie positive, bas carbone et 100% autonome en énergie. Projet débuté en 2014, première phase 2016 puis une deuxième réalisée en 2021. 

« C’est un bâtiment qui revit. Cela permet à une échelle locale de montrer aux élus qu’on peut ne plus considérer les bâtiments anciens comme des passoires énergétiques mais au contraire que c’est un potentiel important en les réutilisant le plus intelligemment possible. »

Les spécificités de ce projet de rénovation sont : 

  • Le choix de ne pas isoler les murs pour avoir une forte inertie et ainsi atteindre 27°C à l’intérieur du bâtiment en été lorsqu’il en fait 40°C à l’extérieur.  
  • La réalisation des cloisons chauffantes en terre crue. 
  • Le choix d’une sobriété énergétique : des luminaires à leds, des appareils électroniques à basse consommation, système de mise en arrêt des lignes d’alimentation de l’informatique et de l’éclairage hors occupation 
  • Un système de chauffage à bois granulé couplé à un ballon d’eau chaude, une mise en place de 100m² de PV avec une unité de stockage de l’énergie pour être 100% autonome s’ils le souhaitent. 

Les premiers retours d’expériences du projet :  

  • C’est possible d’être énergie positive avec un bâti ancien : le projet réalise -13 KWhep/m².an pour l’année 2018 / 2019 
  • Sur les coûts des travaux : le projet aura coûté l’équivalent d’un projet standard de rénovation : 1233€/m² de travaux alors qu’il est énergie positive et autonome en énergie. Son temps de retour sur investissement est de 5 ans. 
  • L’impact carbone des produits de construction (calculé avec la méthode BBCA mais sans prise en compte de la terre crue dans le projet) permet de diviser par 4 les émissions de CO2 comparé à une construction neuve de ce même projet.  
  • L’impact carbone global du bâtiment est de 65 t CO2. Si le bâtiment avait été exploité en l’état sans rénovation, cela aurait été 74 fois plus. 

Comment le réemploi est-il présent en rénovation ? – Retour d’expérience de Cycle Up

Coline BLAISON, Directrice conseil et études Cycle Up, a présenté les enjeux de la rénovation d’un point de vue réemploi. 

Elle a commencé par faire le constat que lorsqu’on arrive sur un chantier de rénovation, on remarque qu’il y a énormément de matières qui peuvent être réutilisées/réemployées et qui vont être enfoui. C’est en ce sens que Cycle Up s’est développé pour donner une seconde vie à ces matériaux. Le réemploi est aussi bénéfique pour plusieurs raisons : 

Cycle Up valorise ces matières selon 3 axes : 

  • Le réemploi ex situ : identification des produits qui peuvent être réemployé (inventaire), mise en ligne sur une plateforme, recherche de preneurs avant la phase de chantier. 
  • Le réemploi in situ : réintégration des produits dans le projet en le réemployant ou le réutilisant avec une autre utilisation. 
  • L’approvisionnement extérieur : identifier parmi les produits de construction neufs ce que la maîtrise d’ouvrage peut accepter comme produits issus du réemploi. 

Le mieux pour une bonne intégration du réemploi c’est d’arriver le plus tôt possible : en phase diagnostic ou programme. 

Elle a ensuite parlé de différents retours d’expériences : 

  • Réemploi Ex-situ du Prado (13) : transformation d’un bureau en logement en donnant les matériaux récupérés à des associations. Produits réemployés/réutilisés : faux plafonds, moquettes, cloisons, équipements sanitaires, luminaires, porte. 
  • Réemploi Ex et In-situ du Passage Amelot (75) : transformation d’un ancien garage avec une programmation mixte.  Produits réemployés/réutilisés : Plancher béton en dallage extérieur, pierre meulière en comblement de trou, garde-corps, escaliers métallique, couverture en zinc. 
  • Approvisionnement extérieur du 106 Temple (75) : projet de rénovation de bureau intégré au programme du Booster du réemploi. Ils sont en train d’identifier avec les architectes les ressources possibles. 

Il en ressort que le réemploi permet :  

  • Au niveau financier, d’apporter des plus-values mais aussi du moins-value (ex du Passage Amelot les éléments cités en vert) à l’heure actuelle. 
  • La réduction de la quantité de déchet d’un chantier. 
  • Le réduction l’empreinte carbone (on évite de produire de nouvelles matières) 

« Le réemploi doit se penser dès la conception du projet. Il sera toujours différent d’un projet à un autre et même à l’intérieur d’une pièce à une autre en fonction de la disponibilité du marché.  »

Le choix des produits de construction – retour d’expériences du R+7,  132 rue de la Convention à Paris en ITE Paille 

Benoit ROUGELOT, architecte chez Landfabrik a présenté le projet de rénovation 132 rue de la Convention à Paris, un immeuble de 7 étages de Paris Habitat où l’isolation thermique par l’extérieur n’a jamais été achevé depuis 1930. 

Lors de son intervention, il a rappelé qu’actuellement la part du marché de la construction paille, est à peine de 0,1% de la production française. Si le marché de la construction paille utilisait 10% de la production, il serait possible d’isoler 300 000 logements par an. Il a indiqué que la ressource était assez abondante pour ne pas être en concurrence d’utilisation contrairement à d’autres agro-ressources. Il a également précisé qu’en règle générale, les bottes de paille viennent de moins de 50km du chantier. 

Les retours d’expériences de cette opération : 

  • La barrière qui peut exister sur cette méthode peut être réglementaire. 
  • La préfabrication ne réduit pas forcément l’empreinte carbone mais permet de réduire la pénibilité sur chantier et assure des chantiers plus rapides (donc moins dépendant de la météo).  
  • Moins de carbone est souvent synonyme de plus d’intensité sociale, sur des métiers valorisants. 

« Si le marché de la construction paille est multiplié par 100 (soit 10% de la part de paille du marché français), il serait possible d’isoler 300 000 logements par an. »

Repenser les usages lors d’une rénovation – retour d’expériences de Deerns 

Ana Cunha, Directrice des pratiques immobilières internationales chez Deerns a présenté différents retours d’expériences de projets qui ont repensé leurs besoins : 

  • Ecole de Drenthe (Pays-Bas) : augmenter l’usage en réduisant les coût de maintenance. Mettre des capteurs pour détecter la présence des personnes dans les salles et bureaux a permis d’intensifier les m² existant et de rénover plutôt que de construire un nouveau bâtiment ainsi que de répondre à la demande du campus de développer une stratégie de campus intelligent. L’utilisation de ces capteurs a permis de faire un tableau de bord pour identifier les espaces utilisés réservés, pas utilisés mais réservés et utilisés mais pas réservés et ainsi rendre plus attractifs des endroits qui ne l’étaient pas. En plus, via une application mobile, les étudiants et professeurs peuvent avoir des informations supplémentaires telles que le confort dans la salle, des actualités du campus, … 
  • The Outlook – siège de Microsoft à Amsterdam : rénover et intensifier les usages sur une surface plus petite sinon le locataire allait partir. La solution a été de développer en premier lieu le bâtiment de capteurs intelligents pour connaître l’utilisation du bâtiment afin de pouvoir conceptualiser la rénovation puis pouvoir penser en termes de services d’usage et non plus en m². Cela a permis également d’avoir une flexibilité pour les potentielles rénovations futures. Cette rénovation de bâtiment connecté a aussi été pensée dans son environnement pour qu’il soit connectable avec les autres bâtiments environnants (zone aéroportuaire) qui pourraient avoir des contraintes d’espaces à l’avenir et que ce bâtiment puisse accueillir de nouveaux travailleurs. 
  • The A’DAM Tower – ancien bureau de Shell dans les docs à Amsterdam : transformation à utilisation mixte. Le but était de passer de 500 personnes dans le bâtiment à 3000-5000 personnes et ainsi rendre plus attractif ce quartier des docks d’Amsterdam. Ils ont gardé la structure principale et ont rajouté des étages supérieurs et plusieurs ascenseurs. 

Ce qu’apporte ces retours d’expérience : 

  • Avant de rénover, il faut requestionner l’usage du bâtiment. 
  • La rénovation est aussi là pour optimiser l’usage, la fonctionnalité et la flexibilité. 
  • L’ACV ne traduit qu’une partie de la réflexion, il faut aussi voir d’autres critères. 
  • Il faut utiliser le « smart » de manière raisonnée pour faire des choix justifiés et intelligents, ce n’est pas un objectif à atteindre mais un outil. 

« Avant toute rénovation, il faut requestionner l’usage du bâtiment. A quand un indicateur d’impact/m²/usager/h ?  »

Ateliers  

Les participants ont été répartis dans 4 groupes, selon différentes typologies d’opérations de rénovation  :  

  • Le résidentiel 
  • Les grands patrimoines tertiaires 
  • Les tertiaires « insolites » 
  • La réhabilitation en rez-de-chaussée 

Via l’outil collaboratif mural, l’ensemble des participants ont pu mettre des idées sur les différents leviers à prioriser : 

  • Frugalité 
  • Circularité 
  • Matérialité 
  • Technicité  
  • Externalité 

Chaque groupe a réfléchi aux dispositions bas carbones, contraintes spécifiques et retours d’expériences qu’ils connaissaient sur les deux thématiques choisies.  A chaque fois ce sont les termes Frugalité et Circularité qui sont ressortis. 

  • Synthèse réhabilitation en rez-de-chaussée 

Pour cette typologie, il y a un turnover très important donc beaucoup de produits de construction et équipement qui peuvent changer. 

  • Synthèse Les grands patrimoines tertiaires 

Les pratiques de livraison à blanc ont été questionnées en s’interrogeant sur les possibilités de laisser le locataire prendre en charge l’aménagement ou d’identifier avec lui ses besoins pour ne pas rallonger la période et la gestion du chantier  

  • Synthèse projet résidentiel 

La réflexion a été plus générale et a porté sur des moyens et outils pratiques déjà existants, comme par exemple les FDES de réemploi, Energie Sprong, … 

  • Synthèse Les tertiaires « insolites » 

Dans ce groupe, il a été a particulièrement question d’esthétisme et des opportunités de rendre ses lettres de noblesse à un bâtiment ancien. 

Allocution de Clôture par Redevco 

Clemens BRENNINKMEIJER, directeur du pôle développement durable de Redevco a clôturé cette matinée en expliquant pourquoi ils soutiennent financièrement cette initiative : pour faire avancer l’expertise sur ce sujet, le partage de cette expérience afin d’atteindre la neutralité carbone pour que les générations futures puissent vivre dignement.