L'alliance des professionnels pour un cadre de vie durable

L'alliance des professionnels pour un cadre de vie durable.

Entre CSRD, SFDR et Taxonomie, les acteurs de la finance et de l’immobilier font face à une nouvelle donne

L’Alliance HQE-GBC, Cerqual Qualitel Certification et Certivea ont organisé le 12 février dernier un événement consacré au rôle de la finance durable comme levier de création de valeur et de performance pour l’immobilier. Cet événement a permis de :

  • faire le point sur l’actualité de la réglementation, ajustée mais toujours ambitieuse pour accompagner la transition du secteur immobilier ;
  • partager la nouvelle lecture du risque des financeurs et des assureurs ;
  • rappeler la nécessité d’un cadre structurant exigeant et opérationnel, d’un langage commun et de données fiables ;
  • de rappeler le rôle des certifications HQE comme mode de preuve de l’alignement des actifs avec les critères de la taxonomie ;
  • s’inspirer d’exemples concrets et de trouver des solutions pour créer de la valeur et encourager l’immobilier responsable ;
  • d’échanger avec des financeurs, des investisseurs, des promoteurs et des acteurs institutionnels.

Rachel Chermain, Directrice de l’Alliance HQE-GBC, a ouvert les échanges en posant le cadre et l’ambition de la rencontre.

Dans un contexte où le cadre réglementaire évolue et où les incertitudes géopolitiques se multiplient, il est essentiel de confronter les visions et d’identifier des solutions concrètes.

Elle a posé l’objectif de l’événement : démontrer que la finance durable, loin d’être un simple exercice réglementaire, constitue un levier structurant pour renforcer la robustesse, la lisibilité et la compétitivité du secteur immobilier.

Marjolaine Meynier-Millefert, Présidente de l’Alliance HQE-GBC, a affirmé que, alors que la finance durable traverse aujourd’hui une période de questionnement stratégique et que les ajustements réglementaires en cours pourraient laisser penser que l’ambition s’essouffle, la conviction de l’Alliance HQE-GBC est exactement inverse.

Les fondamentaux, eux, n’ont pas changé : les risques climatiques, les tensions sur les ressources, les enjeux énergétiques et les attentes sociétales façonnent durablement la valeur des actifs. La durabilité n’est donc ni un luxe ni un discours moral ; elle est un facteur de souveraineté économique, de stabilité financière et de création de valeur à long terme.

Dans ce contexte, la confiance devient centrale — confiance dans les méthodes, dans les données, dans la capacité à démontrer la performance réelle. C’est précisément là que la certification et la tierce partie indépendante jouent un rôle stratégique pour sécuriser les décisions d’investissement et orienter le capital vers les actifs les plus résilients.

Un cadre européen en évolution, mais une ambition maintenue

Andrei Gurin – DG FISMA, Commission européenne

Andrei Gurin a rappelé le rôle central du bâtiment dans la transition climatique :

« Le secteur du bâtiment… consomme plus que 40 % de l’énergie finale… et génère presque 1/3 des émissions de gaz à effet de serre. »

Dans ce contexte, la finance durable constitue un levier indispensable pour financer les rénovations et orienter les investissements. La taxonomie doit aider la transition du secteur immobilier.

Concernant la révision Omnibus, le message est clair : il s’agit d’un ajustement pour réduire le champ d’application obligatoire et simplifier les règles afin de mieux les proportionner, et non d’un recul.

Trois priorités structurent la révision des critères de la taxonomie :
• cohérence avec la directive EPBD,
• facilitation de la rénovation,
• simplification des critères DNSH.

Andrei Gurin a également informé que la Commission européenne lancera prochainement une consultation sur la révision des critères de la Taxonomie pour l’immobilier.

Enfin, il a souligné le rôle stratégique des tiers de confiance : « Plus on a de standardisation dans la mise en œuvre du système et les certificateurs tiers sont de véritables partenaires des régulateurs. »

Richard Teichmann – World Green Building Council

Richard Teichmann, vice-président du réseau européen du World Green Building Council a rappelé que l’Europe est aujourd’hui la région la plus avancée en matière de demande de bâtiments durables, soulignant l’importance de disposer d’un cadre commun.

Mais le défi reste immense : « The renovation rate is too little and too slow. »

La rénovation constitue ainsi « l’éléphant dans la pièce » : un rythme encore trop lent, des opérations trop complexes, qui appellent des solutions financières innovantes et proportionnées.

Face à un enjeu global, il a rappelé : « Real estate is always local… but climate change is a global problem and we have to solve it together. »

Il a également insisté sur la nécessité d’aligner la finance avec la réalité technique : « Follow the money and see that the investors understand what we are talking about. »

Selon lui, les réglementations doivent être recalibrées mais non dérégulées. La Commission européenne peut compter sur le réseau européen du WGBC pour jouer un rôle de pont entre Bruxelles et le marché, notamment via ses task forces sur la finance durable.

Enfin, il a indiqué que le World Green Building Council travaille actuellement à la mise en place d’une base de données mondiale des critères de la taxonomie, afin de renforcer la lisibilité et la comparabilité.

Financeurs et assureurs : vers une nouvelle lecture du risque

Mirindra Rabemanantsoa – Observatoire Finance Durable

Les besoins de financement pour la rénovation résidentielle sont estimés à 150 milliards d’euros par an en Europe. Pourtant, un constat demeure frappant : sur 82 milliards d’euros de prêts à la rénovation analysés, seuls 0,15 % ont pu démontrer un alignement à la taxonomie.

Dans ce contexte, le Green Asset Ratio reste un indicateur structurant, tandis que le TLTRO vert de la BCE pourrait devenir un levier majeur.

Pour les banques, la rénovation représente une véritable opportunité stratégique : « La rénovation énergétique… c’est un impact positif multiple pour les banques. »

Cependant, une simplification excessive du cadre pourrait fragiliser la qualité de l’analyse : « Une trop grande simplification… va réduire la granularité des données. »

Anne-Marie Joly-Bris – BM&A groupe

Les assureurs sont particulièrement attendus, tant sur la gestion de la sinistralité climatique que sur l’alignement de leurs investissements immobiliers, qui représentent 100 Md€ en Europe et 35 Md€ en France.

Ils font face à une montée en puissance des risques physiques — sécheresse, retrait-gonflement des argiles, incendies — qui place la question de l’assurabilité au cœur des préoccupations.

« 12,1 millions de résidences… sont soumises au risque de retrait-gonflement des argiles. »

Dans ce contexte, la fiabilisation des données devient essentielle, et les certifications ont un rôle majeur à jouer.

Matteo Morresi – Onata / Crédit Mutuel Arkéa

Les investisseurs s’interrogent désormais sur la pérennité réelle des actifs.

« Le risque de non-assurabilité… est un risque que les gestionnaires d’actifs commencent à vouloir quantifier. »

L’adaptation climatique doit ainsi être pleinement intégrée dans les stratégies ESG.

Toutefois, le principal frein demeure la donnée : « Avoir de la bonne donnée est structurant pour passer à l’action. »

Taxonomie : un langage commun nécessaire pour le marché

Nicolas Séchet – Ecosystémique

Nicolas Séchet rappelle que la taxonomie constitue une véritable « lame de fond » du Green Deal européen et qu’elle s’impose progressivement comme un langage commun, des banques centrales jusqu’aux acteurs économiques : « La taxonomie… c’est une comptabilité de tout ce que vous n’avez pas dans un bilan financier. »

Elle réduit l’asymétrie d’information et structure le dialogue entre financeurs et porteurs de projets. Elle permet de comparer les entreprises, d’objectiver la performance et de réduire le risque de greenwashing.

Si les critères sont exigeants, l’enjeu reste avant tout opérationnel : « Il faut rendre les choses simples pour les acteurs de terrain. »

Mais ce langage commun n’a de valeur que s’il repose sur des données homogènes et comparables. Face à la « tour de Babel » des référentiels ESG, la standardisation des méthodes devient indispensable. Dans cette logique, la certification par projet joue un rôle clé : elle permet de qualifier l’alignement taxonomique d’une opération, y compris en amont dès la conception, et d’apporter une preuve structurée et opposable de cet alignement.

Sarah Guereau – CNCC

Le rôle du commissaire aux comptes évolue vers un accompagnement stratégique : « Le commissaire aux comptes… c’est le copilote de la transition. »

La clé réside dans l’anticipation : « La bonne pratique, c’est de collecter la donnée le plus en amont possible, intégrée aux systèmes financiers. »

Du point de vue des commissaires aux comptes, l’enjeu central demeure la fiabilité des données et des modes de preuve.

Les processus de certification intègrent désormais des outils numériques permettant d’identifier l’exigence technique, de préciser le mode de preuve attendu et d’enregistrer ce mode de preuve. Surtout, la conservation systématique des modes de preuve est essentielle : elle permet aux auditeurs de vérifier par échantillonnage la robustesse du processus, « y compris jusqu’à la preuve ».

La certification devient ainsi un véritable dispositif de traçabilité, facilitant le travail des auditeurs et sécurisant les reportings taxonomie.

Eugénie Barthélémy – Sevaia

Eugénie Barthélémy souligne que la taxonomie est désormais intégrée dans les grilles d’analyse extra-financière des actifs immobiliers.

Toutefois, l’un des principaux obstacles demeure la collecte et la transparence des données. Pour les banques comme pour les sociétés de gestion, l’accès aux données énergétiques ou aux justificatifs techniques nécessite un travail important en amont.

Dans ce contexte, les certifications apportent un cadre structurant : elles organisent la collecte des données dès la conception, formalisent les exigences techniques et les preuves associées, et produisent une attestation taxonomie intégrée au certificat, facilitant ainsi la preuve de l’alignement.

Elles permettent de transformer une exigence réglementaire complexe en un processus opérationnel, documenté et auditable.

Certifications HQE : de la norme européenne à l’opérationnel

Pierre-Henri Julien – Directeur Général de Cerqual Qualitel Certification

Le profil taxonomie intégré à NF Habitat HQE permet de traduire le texte européen en exigences techniques concrètes via un processus robuste

En 2024, 125 opérations se sont engagées dans cette démarche.

« Le profil taxinomie… permet de justifier l’alignement de l’opération. »

Place aux cas concrets :

Hélène Poli – Bouygues Immobilier

La taxonomie est devenue un critère commercial structurant pour Bouygues Immobilier :

« Plus de la moitié de notre activité est réalisée avec des clients institutionnels… très demandeurs sur la taxonomie. »

Pour répondre à ces attentes, Bouygues Immobilier s’appuie sur la certification NF Habitat HQE, qui facilite le déploiement opérationnel en unifiant les démarches.

Élodie Lebreton – GA Smart Building

GA Smart Building a aligné 84 % de son chiffre d’affaires dès la première année.

Au-delà de la seule conformité réglementaire, « la taxonomie a été génératrice de process de qualité et de performance environnementale » chez GA Smart Building. Elle est désormais utilisée comme un outil stratégique pour valoriser l’entreprise auprès des investisseurs.

Conclusion : L’élan de la finance durable n’est pas brisé et la certification HQE continuera à accompagner les acteurs

Antoine Desbarrières, Président de Cerqual Qualitel Certification, a rappelé que, malgré le  contexte d’incertitude réglementaire et géopolitique, une certitude demeure : l’enjeu environnemental est majeur, en particulier dans l’immobilier et plus encore dans le parc existant. L’Europe, selon lui, continue de montrer la voie et cette dynamique doit être préservée.

Il a souligné que les règles et les méthodes de la finance durable sont nécessaires, mais qu’elles doivent s’accompagner de pédagogie et de temps d’appropriation pour les acteurs. L’élan ne doit pas être freiné : il convient au contraire de soutenir les acteurs exemplaires et d’encourager le mouvement collectif.

Enfin, il a insisté sur le rôle structurant de la certification, outil d’accompagnement, d’amélioration continue et de fiabilisation des données, que l’Alliance HQE-GBC et les certificateurs HQE continueront à faire évoluer pour soutenir la transition.

François Jallot, Président de Certivea, quant à lui partage une vision ambitieuse, encore utopique, d’un secteur immobilier devenu pleinement régénératif — un secteur capable de rendre à la nature ce qu’il lui a pris. Si cet horizon semble encore lointain, les échanges de la journée confirment que la dynamique est engagée.

Il souligne le rôle majeur des organismes tiers de confiance pour accompagner les acteurs dans cette transition environnementale, qui ne doit plus être perçue comme une option mais comme une obligation. La taxonomie représente à ses yeux une véritable opportunité, un véritable levier de performance et de transformation, capable d’inciter et de valoriser ceux qui repensent leur modèle et inscrivent leurs projets dans une vision durable à long terme.

C’est précisément le rôle des certificateurs HQE d’accompagner les acteurs volontaires à travers les certifications HQE, afin de les aider à se fixer des objectifs ambitieux et à attester des performances réelles des projets. Certivea et Cerqual Qualitel Certification s’engagent ainsi aux côtés des professionnels en délivrant des attestations taxonomie, permettant de démontrer la conformité des opérations aux exigences techniques de la taxonomie européenne.

Cet événement a été organisé dans le cadre du projet européen #BuildingLife.